La silhouette continue d'avancer très lentement vers moi. Quelques secondes plus tard, elle n'est qu'à quelques centimètres de mon visage. Elle lève le bras, et pose sa main sur mon épaule.
- Euh... Non, finis-je par répondre.
- Ha, je vois... Encore une nouvelle, je suppose, repris la personne.
- Comment ça « une nouvelle » ?
- Rien. Laisse tomber.
La personne s'éloigne de moi et se pose sur le duvet que j'avais aperçut précédemment. Soudain, je me rends compte que j'ai son assiette dans les mains, et que j'ai dévoré la moitié de son contenu. Je m'approche de la silhouette, m'accroupis en face d'elle et lui tend son assiette d'un air désolé.
- Excuse moi... J'ai mangé ta nourriture.
- C'est rien. Ne t'inquiète pas.
- J'étais tellement affamé...
- Tu sais qu'il y a une cuisine ici ? Avec un frigo plein.
- Ah bon ? Je ne l'ai pas vu.
- C'est grand ici, c'est normal que tu n'aies pas trouvé. J'ai mis beaucoup de temps à connaître cette maison entièrement.
- Tu es ici depuis combien de temps ?
- Un bon bout de temps...
La voix féminine n'émet plus aucun son. La jeune femme reste silencieuse et je perçois des larmes sur ses joues creuses. Elle se rend compte que j'ai les yeux rivés sur elle.
- Tu as encore faim ?
- Euh... Oui, un peu.
- Suit moi. On va te faire quelque chose à manger.
Sans me laisser le temps de répondre, la jeune femme sort de la pièce. Je me dépêche de la suivre afin de ne pas la perdre en chemin. Elle traverse le couloir pour revenir au salon dans lequel l'homme m'a frappé. Elle ouvre une porte, juste à coté de la pièce où je me suis réveillé et emprunte un autre corridor. Enfin, elle ouvre la troisième porte à droite et entre.
J'entre à mon tour et suis éblouie par la lumière éclairant la grande pièce.
- C'est la seule pièce qui aie une grande fenêtre.
- Je m'en souviendrai.
Elle se dirige vers un énorme frigo, l'ouvre et en inspecte l'intérieur. Puis elle se retourne et me dit :
- Sinon, moi c'est Ashley.
- Vanessa.
Ashley me fait signe d'approcher. Je suis étonnée de la quantité de nourriture qui s'y trouve.
- Qui est-ce qui le remplit ?
- Sean. Il fait tout ici : lavage, ménage, et même le repas quelques fois. Je me demande comment serait la maison sans lui.
Je souris en repensant au jeune homme, malgré moi. Même si celui-ci à refuser de me sortir d'ici, il à l'air de quelqu'un d'exceptionnel, généreux et attentif.
- Une omelette, ça te dit ?
- Ouais, pourquoi pas.
Pendant qu'elle casse les oeufs, les fait cuire dans une poêle et y rajoute toute sorte d'ingrédients, j'ouvre tous les placards dans le but de trouver assiettes et couverts. Quand j'ai enfin déniché ce que je cherchais, je dresse la table et m'installe en attendant Ashley. Elle arrête le gaz, et partage l'omelette en deux pour m'en donner une partie et verser l'autre moitié dans son assiette. Enfin, elle vient s'asseoir en face de moi.
- Dis moi, Vanessa, qu'est-ce que tu as fait pour qu'il t'emmène ici ?
- Et bien, je ne sais plus trop... Je crois que je les ais croisés et que j'ai refusé de donner mon numéro au type. Le lendemain, je suis sortie de chez moi, je me rappelle avoir pris un sentier, et ça s'arrête là.
- C'est tout à fait son mode opératoire...
Alors qu'elle n'avait encore rien mangé, la jeune femme attrape ses couverts et entame son assiette. Je fais de même, et finis bien avant elle. Je pose mes couverts dans mon assiette et avant de me lever, je lui demande :
- Et toi ? Pourquoi tu es ici ?
- Tu sais, ça fait tellement de temps que je suis ici, que parfois je l'oublie.
- C'est pour la même raison que moi ?
- Non...
- Si tu ne veux pas me raconter, je peux comprendre.
- Je l'ai raconté à beaucoup de filles comme toi. A présent, je ne ressens plus rien quand je dis mon histoire.
Elle arrête de me fixer, et baisse son visage pour se concentrer sur son assiette. C'est comme si elle cherchait les moindres détails des éléments présents sur la table.
- J'ai du mal à compter les jours ici. Mais je suppose que ça fait plusieurs mois... J'ai rencontré Zac à une soirée. J'avais beaucoup bu, je me déhanchais sur la piste de danse comme jamais. Enfin, tu imagines. J'étais vraiment différente. Je suppose que c'était dans ses habitudes de venir dans cette boite, car quand il est arrivé, seul, tout le monde la salué. D'ailleurs il avait l'air d'accrocher les regards de toutes les filles qui étaient là. Puis, il s'est installé au bar, à commander à boire et je n'ai plus fait attention à lui. Plus tard dans la soirée, j'ai senti un corps se coller à moi. J'ai légèrement tourné la tête et j'ai croisé son regard. Et là, je me suis encore plus laissé aller. J'étais bien, j'étais heureuse, vivante, épanouie. Je ne saurais te dire quand on a quitté les lieux. Je me rappelle juste d'une voiture de luxe sombre. Et quelques minutes après, peut-être plus, on est arrivé ici.
- Et ensuite, il t'a déposé dans une pièce sombre, comme moi...continuais-je.
- Pas tout à fait... me repris t-elle.
Encore une fois, elle interrompt son discours, pour cette fois, fixer le mur de droite.
- Il t'a fait subir des choses ? demandais-je subitement
- Comme tu l'imagines, s'est passé ce qui devait se passer. Mais à ce moment, j'étais consentante. C'était la première fois que j'avais une aventure d'un soir et je me sentais vraiment libre. Au levé du jour, je me suis réveillée et lui est arrivé avec un plateau rempli de mets. Quand j'eu finit, je m'habillais et lui disait qu'il était l'heure que je m'en aille. Car, ayant une situation particulière, j'avais beaucoup de choses à faire. Il m'a proposé de me ramener, et j'ai accepté. Il m'a emmené à l'adresse que je lui avais indiquée et est parti après avoir pris mon numéro.
- Je ne comprends pas. Tu es rentré chez toi, non ?
- Oui, mais pas pour longtemps. Deux jours plus tard, il m'a appelé, il voulait absolument me revoir. Je n'ai pas réfléchi et je lui ai donné rendez vous, le soir même, en centre ville. J'ai confié... euh...à mes parents et je me suis dirigé vers notre point de rendez-vous. Il était là, une rose blanche à la main, vêtu d'un costard. Il en faisait tomber plus d'une comme ça... Le rendez-vous s'est très bien passé, il m'a fait rire comme jamais.
- Tu tombais sous son charme...
- On s'est revu de cette façon, de nombreuses fois. Et ça se passait toujours mieux que la fois précédente. Je me sentais bien avec lui, et ça faisait tellement longtemps qu'un homme n'avait pas été comme ça avec moi... En général, ma situation... les empêchaient de s'intéresser à moi. Puis un jour, je ne sais pas ce qu'il m'a pris, mais je me suis rendu compte de mon erreur. Passé tant de temps avec Zac, m'empêchait de passer du temps avec quelqu'un de beaucoup plus important. Je ne répondais plus à ses messages, ni à ses appels, mais lui, ne lâchait pas prise. Un jour, je l'appelais pour lui faire comprendre, une bonne fois pour toute, que c'était finit. A la fin de l'appel, j'étais plutôt contente, il n'avait pas l'air de l'avoir mal pris et me disais « je garderais un bon souvenir des moments que l'on a passé tous les deux ». Puis ma vie reprenait son chemin habituel, j'oubliais Zac, et je me consacrais à ... Enfin, peut-être deux semaines plus tard, il m'a appelé, complètement paniqué. On aurait dit qu'il pleurait. Il réclamait mon aide immédiate, et cela paraissait très grave. Je lui proposais de le rejoindre, mais je ne savais pas où il habitait car lorsqu'il m'avait emmené chez lui, puis ramener chez moi, je n'avais pas regardé la route. Il me disait alors qu'il se trouvait au bar où nous nous étions rencontré pour la première fois. Je raccrochais, attrapait mon sac et mes clés à la volée pour ensuite courir à ma voiture. Lorsque j'arrivais à la boite, je le trouvais, dehors, seul, adossé contre un mur, cigarette à la main. Je m'approchais de lui, soulevait son visage pour le regarder dans les yeux. A ce moment, profitant de mon trouble face à son regard il me disait qu'il ne voulait pas passer la nuit seul. Moi, sous l'impulsion du moment, je lui disais que je la passerais avec lui. Et pour la seconde fois, il m'emmena jusqu'à sa voiture. Cette fois, tout à fait consciente, j'identifiais une Audi noire. Il conduisit quelques minutes et s'arrêta. Je le regardai étonné, et lui me répondit qu'il ne pouvait plus supporter l'ambiance qui régnait chez lui. On entra dans une chambre que Zac ouvrit à l'aide d'une carte magnétique. Il se passa la même chose que durant notre première nuit, sauf que cette fois-ci je n'étais pas entièrement d'accord. J'acceptais, malgré tout, ne pouvant rien lui refuser.
Elle s'arrêta de nouveau et je compris alors la fin de l'histoire.
- Et le lendemain, tu t'es réveillé dans une pièce inconnue. Quand tu es allé voir le reste de la maison, tu t'es rendu compte que toutes les salles étaient sombres. Enfin, tu les as rencontrés, complétais-je.
Elle ne répondit pas, elle acquiesça discrètement pour me faire comprendre que oui, j'avais bien deviné la suite. Puis, elle se leva brusquement, débarrassa la table pour tout mettre dans un évier qui me semblait déjà rempli d'assiettes sales.
- Ashley... J'aimerai te poser une question.
- Je t'écoute.
- Tu as dit que tu avais raconté ton histoire à des dizaines de filles.
- Oui.
- Qui sont-elles ?